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Mise à jour : le 12/08/2012

TAKELAKA NOTSONGAINA
Simeon Rajaona



En 1958, deux ans avant l'indépendance, naît la République malgache dotée d'un Gouvernement. André Resarnpa, alors ministre chargé de l'enseignement, pense donner au malgache, non plus le statut de langue étrangère, mais la place qui devrait lui revenir dans un Etat qui sera bientôt indépendant, même si la structure générale de l'enseignement demeure française. Le ministre contacte Siméon Rajaona qui consent à "se charger de la conception d'un programme pour l'enseignement du malgache, en tant que langue maternelle et langue de culture, dans l'enseignement primaire et secondaire, de la rédaction de manuels et de recueils de textes, avec appareils pédagogiques, ou de la direction de leur confection pour les différentes classes..." Au sein de la Direction de l'Enseignement est alors créé le Centre d'études et d'information sur la langue et la civilisation malgaches, dirigé par Siméon Rajaona, avec Rajemisa Raolison comme secrétaire et assistant, et plus tard Charles Ravoajanahary comme collaborateur.
Pris de court pour un enseignement plus moderne de la langue malgache, Siméon Rajaona se résout d'abord à un simple aménagement de la grammaire traditionnelle, car il consacre tous ses efforts à l'édification d'un enseignement plus approprié de la littérature malgache, apte à "épanouir et à développer la personnalité" des élèves malgaches; il est, en effet, convaincu que, si soixante ans de colonisation n'ont pas réussi à anéantir la personnalité et les valeurs malgaches, c'est, pour une grande part, grâce à la vitalité de la littérature malgache traditionnelle et moderne. Or, peu d'oeuvres littéraires ont pu être publiées intégralement en volumes sous la colonisation et celles qui l'ont été restent introuvables. Commence alors leur recherche fastidieuse dans les vieux journaux et revues des Archives et des particuliers, dont Siméon Rajaona a fini par acquérir une importante collection personnelle.
Puis, avec l'aide de ses collaborateurs et particulièrement celle de Rajemisa Raolison, c'est la difficile sélection des textes et des extraits par auteur, genre, thème et style : autant de critères nouveaux pour des recueils de textes malgaches!... et enfin, la mise au point de l'appareil pédagogique : introductions historique, thématique ou stylistique, questionnaires d'orientation, annotations explicatives et biographiques. Les résultats des investigations et la taille des deux manuels de littérature en chantier conditionnent le choix définitif des genres et des thèmes abordés : le thème de l'amour, la nostalgie, la condition humaine et la mort sont les principaux thèmes des genres poétiques traditionnels et modernes traités dans le premier recueil de textes poétiques, et dans le second recueil de textes en prose : la vie sous ses aspects heureux, tragiques et comiques à travers les nouvelles, la vision traditionnelle malgache sur la philosophie, la société, la connaissance, les valeurs morales et esthétiques à travers les essais, l'unification du pays, l'administration, la justice, la vie sociale et économique dans les discours politiques. Le résultat, après la publication des deux manuels, est comparable à ceux des manuels classiques du français ou de l'anglais, tant pour la forme que pour le contenu, tels les célèbres "Lagarde et Michard". Au début des années 1960, quels ne sont pas notre émerveillement et notre fierté en possession de ces deux "joyaux", nous élèves de première et de terminale, puis professeurs de lettres classiques, de français et surtout de malgache aux collèges : émerveillés par la découverte des valeurs littéraires malgaches, pour nous, insoupçonnées jusqu'alors, fiers et désormais sans complexes devant les élèves et les collègues étrangers qui ont tendance à sous-estimer la culture malgache. Pour cette oeuvre, le ministre Laurent Botokeky a félicité Siméon Rajaona "pour son importante et solide contribution à une assise indépendante de notre culture".



 
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