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Mise à jour : le 05/03/2012

POINTS DE VUE SUR LES ECRITS DE RASAMIMANANA AVEC LA COOPERATION DE RAZAFINDRAZAKA ...
Par Aina RAZAFIARISON
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Porter une analyse critique sur l’oeuvre de Rasamimanana n’est pas aisé, eu égard au charisme du personnage, son érudition et la rigueur d’un scientifique dont il justifiait. La notoriété de son écrit liée à sa propre notoriété n’est plus à démontrer et les informations recueillies par ses soins étaient sans aucun doute accompagnées d’enquêtes et/ou de vérifications.

L’importance de son œuvre repose surtout sur son caractère inédit et ses nouvelles données historiques, comparées à certains écrits qui lui étaient contemporains et qui se contentaient de se copier les uns des autres. Depuis cette œuvre, aucune nouvelle information majeure sur les Andriantompokoindrindra ne fût rapportée, ce qui contribuait à consacrer ainsi l’oeuvre de RASAMIMANANA comme étant la référence à propos de la tradition particulière des Andriantompokoindrindra.

Est-il alors possible d’analyser, de parler de portées et limites de ce livre ? En tout état de cause, ce livre est devenu par la force des choses et par le temps une vérité absolue pour certaines personnes notamment certains Andriantompokoindrindra.

Nous estimons toutefois qu’il nous est permis d’analyser et de discuter de cet ouvrage pour trois raisons :

1) Rasamimanana s’était insurgé (p°11) contre ce qu’il appelle la crédulité des Malgaches pour tout ce qui est imprimé, et j’en déduis qu’il inclut aussi le fait que ses écrits ne doivent pas faire l’objet de cette crédulité aveugle. L’écrit (même si j’estime que des vérifications aient été faites) n’est pas indiscutable car somme toute les informations recueillies ont pris racine dans la tradition orale.

2) Rasamimanana était certes médecin, savant scientifique, mais un historien amateur. Ce qui n’est pas une faiblesse mais sous-tend une méthode de recherche assez particulière.
En effet, il y a deux sortes d’historiens :
- Ceux qui ont appris l’Histoire comme étant une discipline scientifique et académique,
- Ceux qui sont nés avec l’Histoire, bercés d’Histoire, vivent avec l’Histoire, comme Rasamimanana et votre modeste conférencier. Pour cette classe d’historiens, le premier souci repose sur le recueil de maximum de données. Souvent dans cette quête on accède à des archives familiales inédites et fiables et on essaye de se rapprocher de la vérité. Cependant, il est fréquent qu’on accède à des informations cruciales qui ne seront peut-être jamais diffusées mais qui se chuchoteront dans un cercle restreint. L’histoire publiée n’est que ce que j’appelle de l’histoire politiquement correcte où chacun y trouve son compte.
Et j’estime que Rasamimanana dans ses recherches a eu accès à des informations confidentielles qu’il n’aurait jamais publiées. Sa publication s’était surtout faite à titre de droit de réponse aux divers écrits qui s’acharnaient sur Andriantompokoindrindra.

3) La troisième raison est que Rasamimanana dans ce livre parle de son histoire. La question d’objectivité est très importante. Personne ne peut être objective à 100% quand on parle de l’Histoire surtout s’il s’agit de sa propre histoire. Nous en sommes tous concernés. Dans notre analyse nous essayerons d’être objectifs en tenant compte des traditions familiales différentes. Je soutiens Rasamimanana par les idées, dans sa volonté de démentir les affirmations tendancieuses et/ou haineuses de certains envers Andriantompokoindrindra, en revanche, je ne suis pas et je n’en serai jamais un thuriféraire.

Malheureusement le temps qui nous est imparti ne nous permet pas d’analyser exhaustivement cette oeuvre, ainsi je vous prie d’être indulgent si nous ne pouvons rentrer dans chaque détail du livre sinon nous en ferons une thèse, ce qui n’est pas notre but. Ce jour, nous nous satisferons d’énumérer les faits marquants de ce livre et notamment de soulever ses limites dans l’appréciation globale des Andriantompokoindrindra, enfin je mentionnerai quelques questions qui méritent d’être soulevées pour que cette oeuvre soit le point de départ d’autres oeuvres de grande valeur qui approfondiraient davantage l’histoire des Andriantompokoindrindra.

1. Le CONTEXTE DE L’ECRITURE DU LIVRE ANDRIANTOMPOKOINDRINDRA .

1.1. Contexte des écrits contemporains de Rasamimanana.

Comme vous pouvez le voir, ces écritures datent de 1909. Pourquoi ? Parce que, si je ne m’abuse c’était un an auparavant que fût réédité et à plus large diffusion le fameux Tantaran’ny Andriana devenu la référence de l’histoire royale. C’était également, sensiblement dans cette période (début du XX siècle) que la traduction en français de l’oeuvre de Callet fût entamée. Je cite pêle-mêle l’oeuvre du père Malzac (Histoire du royaume hova), celle (plus tard) de Rainitovo dont l’histoire de l’origine des merina fût inédite, en revanche ses approches sur l’histoire du royaume et notamment d’Andriantompokoindrindra n’était qu’une reprise de celle de Callet.

Il faut dire que si ces auteurs n’avaient pas d’animosité particulière contre les Zanatompo, ils furent en revanche influencés par ceux qui n’affectionnaient pas particulièrement les Zanatompo. Et il faut dire que les clans qui ne s’entendaient pas trop avec les Andriantompokoindrindra, il y en avait (p°11 dernier paragraphe).
Ce jour, je n’entrerai pas dans les détails sur les raisons de ces « mésententes » mais je dirai seulement que les écrits des uns et des autres le confirmaient.

Je citerai aussi deux écrits qui ont été sensiblement contemporains à celui de RASAMIMANANA, notamment celui de l’Andrianamboninolona Andriamanantsiety. Il y a eu également l’oeuvre de l’Andriandranando Razafimbelo qui ne parlait pas seulement de son clan mais se voulait être un ouvrage de référence qui traite l’unicité dans la diversité des Andrianteloray (Andriatompokoindrindra, Zanakambony, Zanadranando). Son approche fût plus subtile, mais il voulait insister sur le fait que les Andrianteloray ne faisaient qu’un. On sentait aussi cependant son sentiment négatif envers Andriantompokoindrindra ou les Andriantompokoindrindra, parce que s’il encensait Andriandranando ou Andrianamboninolona, il n’a pu s’empêcher de mettre sur la bouche du Roi Ralambo un mot qui désignait Andriantompokoindrindra comme étant « le mauvais ». En malagasy le terme « ilay ratsy » était significatif. Il parla également de la disgrâce d’Andriantompokoindrindra par Ralambo devant tout le peuple et son humiliation. Il parla d’Andriantompokoindrindra qui pleurait, tellement il fût humilié.

1.2. Contexte familial et historique de RASAMIMANANA.

La famille d’Andrianambahy et de Rafotsy Rasalama Ramasy (parents de Rasamimanana) était les piliers de la religion catholique à Ambohimalaza. Ce fût une famille qui était considérée comme francophile et c’est pour cette raison que Rasamimanana fût parmi les jeunes malagasy envoyés en France pour les études en 1886. Son frère aîné Razafindrainibe Jean Baptiste avait offert son terrain d’Antanatsara pour la construction de l’église catholique et pendant les premières heures de la colonisation, il fût le Gouverneur de la région d’Ambohimalaza. Les enfants de leur soeur aînée Rasoamiadana étaient également de fervents catholiques et certains étaient devenus des religieux catholiques. J’ose dire que la famille de Rasamimanana était l’une des plus puissantes sinon la plus puisssante d’Ambohimalaza de cette période.
D’un côté, conjugué à son niveau intellectuel, Rasamimanana ressentait parfaitement son ascendance vis-à-vis des autres membres du clan, qu’il n’y avait pas mieux que lui pour pouvoir défendre (les) Andrindra et avait bien choisi le moment opportun pour écrire car j’estime qu’il n’aurait pu le faire du temps de Rainilaiarivony.
De l’autre côté, je dirais que même si certaines affirmations de Rasamimanana pouvaient ne pas faire l’unanimité chez les Zanatompo eux mêmes, je suis sûr qu’il n’y pas eu un seul qui était de taille à relever le challenge de Rasamimanana.
La notoriété personnelle et familiale de Rasamimanana, les écrits qui dénigraient les Andriantompokoindrindra : c’étaient les raisons de l’écriture de ce livre.


2. Les Objectifs de RASAMIMANANA : La défense

Rasamimanana dans ses écrits avait un objectif précis : réhabiliter l’honneur des Andriantompokoindrindra et de l’ancêtre terni par les diverses agressions écrites d’historiens ou de pseudo-historiens. J’estime que ce livre est un écrit défensif, Rasamimanana était constamment sur la défensive.
Nous pouvons nous étendre sur toutes les idées formulées dans ce livre sur Andriantompokoindrindra mais j’énumèrerai 4 idées forces que j’estime les plus importantes et liées entre elles :

I) Rediscuter la succession de Ralambo entre Andriantompokoindrindra et Andrianjaka. Négociation intelligente d’Andriantompokoindrindra (Ce n’est pas un sot). (Pour contrer le T.A)
II) Andriamasinavalona, par le sang est un pur Andriantompokoindrindra. La famille royale est Andriantompokoindrindra, les différents mariages princiers le prouvent et l’étayent. (pour contrer le T.A)
III) Les Andriantompokoindrindra ne sont pas Andrianteloray (on a l’impression qu’il n’y attache pas trop d’importance mais tout le livre tient à le démontrer).
IV) Les Andriantompokoindrindra sont uns et unis.


Analyse et point de vue et limites des écrits de RASAMIMANANA

2.1. Mon avis sur la succession de RALAMBO :

La légende à propos de la flemme d’Andriantompokoindrindra et son esprit joueur (de fanorona) est non seulement invraisemblable mais à bannir à tout jamais de toute analyse sensée de l’histoire. Revenons très rapidement sur la version du tantara de Callet. (cf TA …)
L’autre version du tantara, celle de Rasamimanana parle d’une disposition pure et simple d’Andriantompokoindrindra à abdiquer et à léguer son pouvoir à son frère cadet Andrianjaka.

a) Je rejoins parfaitement Rasamimanana pour dire qu’un jeu de fanorona ne peut être l’enjeu d’une succession. Nous pouvons ressentir que cette histoire s’apparente à une fable. Pour faire une parallèle, c’est que sensiblement à cette même période, le roi sakalava Andriamandazoala avait désigné le cadet Andriamandresiarivo au profit de l’aîné Andriamisara, qui après fût présenté comme un nonchalant qui se désintéressait des affaires du royaume. Et j’estime que cette similitude pour deux royaumes quasi-contemporains n’est pas le fruit du hasard.

b) En revanche, je ne partage pas du tout l’avis de Rasamimanana qui disait qu’Andriantompokoindrindra régnant avait décidé d’un coup, spontanément, de céder le pouvoir à son cadet. En effet, en page 19, il écrit que : « En présence de Ralambo et du peuple Andriantompokoindrindra déclare ce qui suit : J’abdique en votre faveur ô Andrianjaka, je reconnaîtrai votre souveraineté tout en restant libre de faire ce qu’il me plaira ». J’estime que dans ce passage, Rasamimanana n’a pas produit l’effet escompté ( honorer Andriantompokoindrindra ). Ce qu’il me plaira, En malgache : « hanao ny sitrapoko ». Ce mot est gênant , car cela sous-entendait et aurait pu être interprété comme si effectivement Andriantompokoindrindra était un jouisseur. Manao izay tiany atao, manao izay sitra-pony. Et un jouisseur ne peut être un homme d’Etat. Autrement dit, cela justifierait la légende du jouisseur et du flemmard. Cela apporterait de l’eau au moulin des partisans de la réputation du fameux fanorona telo noho dimy.

J’attire l’attention de chacun, pour ceux qui ont le Tantara de Callet, de lire une autre version de la succession de Ralambo fût rapportée dans le supplément à la fin de l’ouvrage. Cette version assez anodine et qui fût méconnue ou occultée peut être de mauvaise foi est cruciale. J’estime non seulement qu’elle changerait l’appréciation de la personnalité d’Andriantompokoindrindra mais apporterait également une autre signification du fameux fanorona telo noho dimy.

Je soutiens cette version et qui a été expliquée de long en large par Alain Délivré dans sa thèse de Doctorat : « Interprétation d’une tradition orale, les rois d’Imerina ». Cette version explique que, ni Andriantompokoindrindra, ni Andrianjaka, ni même leur père Ralambo n’étaient les maîtres de la décison de succession car il fallait remonter plus en amont : au Roi Andriamanelo père de Ralambo et grand père des deux princes.

Andriamanelo devait laisser le trône non pas à son fils Ralambo mais à son frère Andriamananitany selon une règle établie par leur mère, il avait fait assassiner son jeune frère pour favoriser son fils Ralambo. Pour réparer son manquement à la règle et par peur de la malédiction, il voulait réparer son offense en mariant son fils Ralambo à Ratsitoinomanjaka petite fille de la victime, et il désigna le fruit de cette union comme étant l’héritier légitime du trône étant de la descendance par trois branches de la dynastie royale d’Alasora de Rafohy et Rangita, donc de la famille paternelle de Ralambo.
Mais comme Ratsitoinona fût encore trop jeune, Ralambo prit femme dans la famille de sa mère qui fût Ramarohavina ; de cette union naquirent Ravaomasina et Andriantompokoindrindra. La jeune Ratsitoinona resta la 1ère épouse quoique plus jeune, et dès qu’elle fût nubile elle enfanta d’Andrianjaka né donc plus tard.
La décision de faire régner Andrianjaka fût prise bien avant la naissance des deux princes, car la légitimité ne vient pas du droit d’aînesse mais de la force dynastique de la mère du cadet.

Si Rasamimanana prît pour preuve des noms topographiques, et des noms de lieu pour étayer ses dires, je prendrai à témoin le nom des deux princes Andriantompokoindrindra (seigneur suprême, ou seigneur de l’ordre) et Andrianjaka (seigneur régnant). Ne sont-ce pas des noms qui les destinaient chacun à leurs destins et leurs rôles futurs ?

J’estime que dès leur jeune âge les deux princes furent au courant de cette disposition qui liait leur père, les jeux étaient faits et c’est dans cette situation que quand leur père faisait appel aux deux princes pour discuter de cette succession, Andriantompokoindrindra refusa par deux fois une confrontation directe et précoce qui jouait en sa défaveur. C’est pour cela qu’il parlait du fanorona de 3 no 5. Le fanorona reflète le jeu de stratégie auquel les deux princes se livrèrent pour tirer profit d’une lutte de pouvoir. Pourquoi 3 contre 5 ? Parce que c’est comme s’il ne disposait que de 3 atouts pour contrecarrer les 5 atouts de son frère. J’estime qu’il parlait en langue imagée, ce fameux fanorona 3 no 5, car en fait il cherchait le moyen de tirer le maximum de son relatif désavantage, ou encore de neutraliser les atouts de son frère. Car justement dans un jeu de fanorona trois pions défensifs bien placés neutralisent cinq pions attaquants. Selon les joueurs de fanorona, les 3 contre 5 est un match nul, et en étant joueur chevronné qu’Andriantompokoindrindra fût, hamono telo noho dimy signifiait qu’il réfléchissait sur le moyen d’optimiser sa position à défaut d’une victoire qui est quasi impossible à obtenir. Il a donc négocié les 7 conventions qui sont à mon avis le résultat de son élucubration. (…)

2.2. C’est une transition pour parler d’Andriamasinavalona et de ses liens avec Andriantompokoindrindra.

A partir de la page 21, Rasamimanana narre le nom de la descendance d’Andriantompokoindrindra et d’Andrianjaka qui s’étaient liés, mais à partir de la page 24 , il introduit les explications des origines d’Andriamasinavalona qui sont selon lui pures Andriantompokoindrindra par son père un zanak’anabavy vakin’ny atsinanana et sa mère Rafaravavy une petite fille en ligne directe d’Andriamasinavalona.

Je rejoins son point de vue sur le cas de sa mère, en effet, en plus des liens matrimoniaux consignés par Rasamimanana, j’ai constaté par exemple que dans la famille d’Andrianjakanavalomandimby fils aîné d’Andriamasinavalona, les princes héritiers (je cite entre autres Andrianamboatsimarofy, Ramaromanompo Ramboa,...) se marièrent avec des Andriantompokoindrindra. Le tantara du père Callet a préféré se taire sur ces cas de mariages préférentiels. Andriamasinavalona fût un arrière petit-fils d’Andriantompokoindrindra.

En revanche, je ne partage pas du tout l’avis de Rasamimanana sur l’identité du géniteur paternel d’Andriamasinavalona, car justement c’est parce que souvent comme disait Andrianampoinimerina, on ne pouvait jamais être sûr de l’identité du père de la même manière qu’on était très exigeant sur celle de la mère. En effet, il est -selon moi- réaliste de se conformer aux versions officielles et royales selon lesquelles Andriamasinavalona était bel et bien un fils d’Andriantsimitoviaminandriandehibe. En effet, conjecturer ou spéculer sur le géniteur de quelqu’un est plus que hasardeux. Je vous informe que dans certains milieux, on affirme aussi qu’Andriantompokoindrindra n’est pas le fils légitime de Ralambo car Ramarohavina Ratompokoamandrainy fût engrossée par un certain Andriambe d’Ambohitrangano. L’histoire va être des vérités et des contre–vérités à n’en plus finir, je me tiens à la version officielle.

Ce que je peux également dire, c’est que dans la famille Andriamasinavalona d’Anosy Avaratra, issue de Raombana et Rahaniraka les deux frères jumeaux ayant étudié en Angleterre du temps de Radama I, dont l’érudition et la culture étaient parmi les plus élevées du royaume, nombreuses sont les versions de Rasamimanana qui ont été réfutées dans ce milieu. La notoriété sur la connaissance historique des Andriamasinavalona d’Anosy Avaratra perdure jusqu’à nos jours.

De plus, j’estime que sans le vouloir, en affirmant qu’Andriamasinavalona était Andriantompokoindrindra de père et de mère, Rasamimanana affaiblissait les Andriantompokoindrindra, car par Andriamasinavalona roi, Andriantompokoindrindra était au pouvoir, de cette manière, Andriamasinavalona n’avait plus besoin de recourir au mariage avec les filles zanatompo car il était un Andriantompokoindrindra. Il lui suffisait de marier ses fils avec les descendances de ses frères et surtout de ses soeurs et la convention fût respectée sans que les princes héritiers soient obligés d’aller à Ambohimalaza.

Ce qui veut dire écarter Ambohimalaza comme étant le ventre dynastique du royaume, c’est ce qui allait justement se passer car plus tard, les ventres dynastiques étaient Rangorinimerina, puis Rasoherina et Ralesoka.

2.3. Les Andriantompoindrindra ne sont pas Andrianteloray.

On a l’impression que cette affirmation se limite à la nota à la fin du livre p°45, mais en fait tout le livre va dans cette tendance. En étant prolixe sur Andriamasinavalona, Rasamimanana voulait démontrer la proximité d’Andriantompokoindrindra avec Andrianjaka et surtout Andriamasinavalona et ses successeurs. Les Ambohimalaza ne voulaient pas du tout qu’on les classe comme étant dans le même groupe que les Andrianamboninolona et Andriandranando. Et Rasamimanana s’est totalement tu sur les éventuels liens avec les Andrianamboninolona et Andriandranando, pour démontrer qu’Andriantompokoindrindra n’a rien à voir avec ces derniers. Il « oublia » par exemple de dire que Ramaroahavina, la mère d’Andriantompokoindrindra était une demi-soeur d’Andriandranando. Fait étrange également sur le silence à propos de l’identité de la femme principale d ’Andriantompokoindrindra.

Si certains écrits ont tout fait pour dénigrer les Ambohimalaza, Rasamimanana quant à lui ne sortait rien pour dire du mal des autres, préférant les ignorer. C’est ce que j’appelle l’élégance de Rasamimanana.

Les Andriantompokodrindra sont- ils Andrianteloray ? Je répondrai par oui et non.

Oui car, dans la logique administrative notamment au XIXè du temps des royaumes, et le code des 305 articles de Ranavalona II l’atteste, le terme Andrianteloray y était écrit noir sur blanc dans les règles sur les liens matrimoniaux. C’est une preuve irréfutable.


En revanche dans la pratique et dans la conscience populaire, les Andriantompokoindrindra ne sont pas Andriateloray. Premièrement parce que les Andriantompokoindrindra ont toujours refusé de l’être. Une version du TA de Callet en parle, car un des Andriantompokoindrindra au péril de sa vie a osé en parler en assemblée devant Andrianampoinimerina. C’est dire de l’importance qu’accorde les vieux zanatompo à cet ordre protocolaire.
Mais d’autres éléments le confirment, tout d’abord le trano manara. Si certains veulent minimiser l’impact du trano manara, je dirai que c’est ce qui consacre les Andriantompokoindrindra comme étant les teraky ny trano fohiloha au même titre que les Andriamasinavalona ou Zazamarolahy , signe visible de la haute noblesse.

Des faits relatant des mariages à la fin du XIXè siècle aussi, démontrent dans la pratique la considération des Andriantompokoindrindra.
Dans le bokin-dRabisaona, diaire de ce jeune zazamarolahy fils du prince Rasoarandrana frère ainé du prince Ramahatra, il raconta que sa famille était très stricte pour les mariages qu’elle estimait en dehors de son rang, et ce rang fût selon eux le teraky ny trano fohiloha. Alors quand son jeune frère Ratsontsoraka se maria avec une Andriantompokoindrindra, toute la famille donna sa bénédiction , et la jeune mariée porta les insignes écarlates. D’ailleurs , le prince Rasoarandrana lui-même fût marié à une Andriantompokoindrindra.

Je dirai seulement que les Andriantompokoindrindra sont inclassables, il ne sont pas Andrianteloray, mais ils ne peuvent être considérés comme appartenant à la proche parenté Andriamasinavalona ou Zazamarolahy, ils sont à part. Ils ont d’ailleurs été conscients de cet état, c’est pour cette raison qu’ en Décembre 1913, quand les Andriana furent consultés pour les réfections des tombeaux royaux, les Andriantompokoindrindra voulaient y aller seuls, ne voulant pas venir avec les uns et les autres , ce qui a attiré le courroux des autres tel qu’il a été rapporté par un Andriamasinavalona.

En résumé, les Andriantompokoindrindra se suffisent et n’ont pas besoin d’être comparés ni par rapport au Andriamasinavalona et Zazamarolahy ni par rapport aux Andrianamboninolona ou Andriandranando, je dirai que ce sont des Andriana à part, qui se sont d’ailleurs comportés comme tels. C’est l’une des raisons pour lesquelles je pense, ils se marièrent entre eux car ils ne s’identifient pas aux autres andriana mais seulement par rapport à eux mêmes.

2.4. Les Andriantompokoindrindra sont uns et unis.

Rasamimana voulait éviter de rapporter toute trace de différends ou de problèmes entre Andriantompokoindrindra notamment l’antagonisme entre les catholiques et les protestants. En ces temps-là, les colons favorisèrent les catholiques.

Mais il y a eu également la sourde rivalité entre protestants des 3 temples. Les très puissants commerçants, les ébénistes royaux, les Andriambaventy et les autres.

Je citerai aussi la dualité entre Andriambe le fils aîné du fils ainé à qui revenait 2/3 du territoire et les autres Andriantompokoindrindra. Cette dualité Andriambe et autre andriantompokoindrindra était très vivace chez les anciens, peut-être aussi parce que les enfants d’Andriantompokoindrindra n’étaient pas de mêmes mères. Rasamimanana n’avait même pas mentionné le nom de la 1ére épouse ni ses origines, car cela remettrait en selle la notion d’A31.

Je citerai aussi une partie de la descendance d’Andriandambo qui avaient préféré s’assimiler aux Andriamasinavalona, à Ambohimiakoja/Antsahadinta/Androhibe ou les Zanatompomasina d’Ambohidrapeto des Andriantompokoindrindra qui s’étaient dilués avec les Andriamasinavalona tera-dRenilambo.

Pour ce faire, Rasamimanana s’était abstenu de tout détail sur la généalogie descendante d’Andriantompokoindrindra, et c’est ce que j’estime être la plus grande sensation de manque quand je lis cette oeuvre. Il avait écrit des pages de généalogie mais il ne l’a pas publiée, je sais qu’il avait cité des noms mais on a cette sensation de frustration du manque de détails pour un compulseur de généalogies.

En escamotant les généalogies, j’estime d’un côté qu’il a atteint son but : unir tous les Andriantompokoindrindra entre eux mais le revers est que la majorité écrasante des descendants Andriantompokoindrindra n’ont pas de généalogies qui remontent jusqu’à l’ancêtre éponyme alors que les grandes familles andriamasinavalona ou zazamarolahy après 12, 14 ou 15 générations arrivent à monter aisément jusqu’à l’ancêtre et dont ils s’enorgueillissent car leurs généalogies sont lisibles à deux, quatre, six ou huit branches et c’est normal car une généalogie royale doit être lisible.

3. Quelle conclusion en tirer ?

Cette oeuvre est remarquable, par les informations inédites qui y sont contenues mais je sens que Rasamimanana en savait plus que ce qu’il a écrit. Finalement, ce livre laisse le lecteur sur sa faim, une soif d’en connaître davantage.
Ce qui m’amène justement à me demander, pourquoi, les Andriantompokoindrindra n’ont rien écrit avant et n’ont rien écrit après. Ou est-ce qu’il y a parmi les Andriantompokoindrindra des gens qui ont des manuscrits privés et/ou familiaux mais qui les gardent jalousement ? C’est assez étonnant qu’une tradition de 500 ans d’un personnage hors du commun ne soit couchée par écrit que par une seule personne, d’un livre de seulement 45 pages.

Seules quelques bribes d’histoire sont contenues dans les livres du maintimolaly du Sekoly Vinet.

Est-ce que par exemple un lettré comme Ramamba Andriambaventy, un parmi les premiers élèves des missionnaires du temps de Radama 1er avec son épouse Ratsianta, représentant d’Andriantompokoindrindra au palais n’avaient rien laissé, ou encore Rasoanitsiriana un des Roambinifololahindradama (élèves des missionnaire au palais Besakana), Andriamambatiana, Razakavahy et les autres.
Finalement, ce livre de Rasamimanana bien qu’important, n’est qu’un petit jalon, comparé à ce qui doit se connaître dans l’histoire d’Andriantompokoindrindra et des Andriantompokoindrindra, et ce qui me désole c’est la méconnaissance et le désintéressement de beaucoup de descendants. Et souvent, ce sont les ignorants qui sont les moins humbles. Alors, j’incite les Andriantompokoindrindra à étudier leur histoire, ne laissez pas aux autres le soin d’étudier ou écrire votre histoire sinon cela pourrait encore vous jouer des tours.

 

 
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