• Les descendants d’Andriantompokoindrindra comptent
célébrer le 400ème anniversaire de l’ancêtre
commun. Expliquez-nous en la chronologie par rapport à l’histoire.
- La prise d’Antananarivo par Andrianjaka est communément
admise à l’an 1610. Ce que l’histoire officielle
n’a pas retenu ce sont les années de règne du
frère aîné Andriantompokoindrindra avant qu’il
ne renonce volontairement au trône en faveur de son cadet.
• Le rôle d’Andriantompokoindrindra est mitigé dans
la tradition populaire. Finalement, le grand public ne sait de
lui que son inconséquence à préférer
faire mat au "fanorona" à trois contre cinq plutôt
qu’à répondre à l’appel de son
père.
- Encore une fois, l’histoire officielle comporte des lacunes.
La légende du Fanorona est une métaphore comme en
comportent d’innombrables les évangiles. Andriantompokoindrindra
et Andrianjaka ont convenu d’un pacte : les épouses
royales, celles qui peuvent transmettre le pouvoir, devaient être
prises chez les Andriantompokoindrindra. “Ainsi, disait Andriantompokoindrindra,
je règnerai en dernier par l’intermédiaire
de mes enfants”.
• On parle très peu des Andriantompokoindrindra.
Par contre, on entend beaucoup persifler des "Ambohimalaza".
Est-ce la même chose, d’abord ? Et ensuite, l’endogamie
est-elle toujours autant pratiquée et beaucoup plus respectée
que chez les autres groupes merina ?
- C’est finalement anecdotique. Tous les groupes dans chaque
foko pratiquaient d’abord l’endogamie. C’est
valable pour l’Imerina et vérifiable même encore
de nos jours chez les tribus côtières. Il ne faut
pas oublier que les Andriantompokoindrindra, dont les tombes sont
surmontées du "tranomanara", avaient un statut
princier. Et tous les groupes à statut princier adoptent
la stratégie de l’autonomisation par une endogamie
plus ou moins stricte. Même les Andafiavaratra, une fois
leur pouvoir bien assis, avaient entamé une endogamie entre
cousins germains.
• Entre l’association des "Jaky Mena" (NDLR
: Zanakandriana, Zazamarolahy, Andriamasinavalona) et le groupe
des Andrianteloray (NDLR : Andriantompokoindrindra, Andrianamboninolona,
Andriandranando), la tradition Ambohimalaza, incarnée depuis
un siècle par le livre de Rasamimanana et de Razafindrazaka,
prétend autonomiser les Andriantompokoindrindra : cette
prétention a-t-elle quelque fondement historique ?
- Personne ou presque ne sait que le roi Andriamasinavalona était
en fait Andriantompokoindrindra de père et de mère.
Entre le pacte liant Andriantompokoindrindra et Andrianjaka au
XVIIème siècle d’une part et la promulgation
du Code des 305 articles en 1881 d’autre part, l’évolution
politique n’a pas toujours été favorable aux
Andriantompokoindrindra. Si on accepte l’hypothèse
de la perte du statut andriana au bout d’un cycle de sept
générations, dont auraient été victimes
les Antehiroka par exemple, il semble que les Havanandriana rattrapés
par ce "deadline" aient eu intérêt à associer
aux Andrianteloray les Andriantompokoindrindra, lignage "sursitaire" d’au
moins une génération supplémentaire.
• L’opinion publique, prise à témoin,
se gausse de ces tiraillements "pour l’honneur" entre
différents groupes Andriana. Y a-t-il un Andriana suffisamment
charismatique qui sache rassembler ce qui a une tendance particulière à devenir épars
?
- La grande question concerne le "hasina" des Andriana,
qu’on pourrait approximativement traduire par "légitimité" sans
que ce mot en recouvre parfaitement le concept. Sans nécessairement
parler d’une restauration monarchique, il convient de " redécouvrir " les
valeurs et principes qui avaient abouti à la structure qu’avait
réussie à incarner l’État merina des
XVIIIème et XIXème siècles. Il ne faut pas
oublier que cet État, malgré ses imperfections et
ses lacunes, était un interlocuteur des grandes puissances
mondiales de son époque. La légitimité serait,
déjà, de ne pas avoir honte de cette histoire mais
de vouloir l’assumer.
L'express de Madagascar 19.08.2006
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